Non, le délabrement de la vie politique n’est pas une fatalité !

Les défis d’aujourd’hui et ceux de demain ne pourront être affrontés sans que des décisions véritablement et profondément démocratiques ne soient prises. Il nous faudrait pour cela une vie démocratique dynamique et authentique. Chacun sait que c’est loin d’être le cas et le thème de la coupure entre la population est devenue un thème permanent de déploration nationale. Mais la situation perdure et les citoyens finissent par en retirer le sentiment qu’il y a là une sorte de fatalité, que la démocratie est vouée à se pervertir et à être confisquée par une caste de professionnels de la politique. C’est une illusion, mais une illusion dangereuse car elle nous habitue à un statu quo détestable. Par exemple, qui s’insurge contre ce leitmotiv entendu à chaque fois qu’un notable politique décide de se retirer de la vie politique : « il a choisi son dauphin » ? On devrait sauter en l’air ! Quoi, ce n’est pas le suffrage universel qui choisit le successeur d’un élu ? Des dauphins ! Dans une république démocratique !

Il faut avoir le courage d’affronter certaines vérités et de mettre en œuvre les remèdes, malgré la résistance tenace de ceux qui bénéficient de ce pourrissement – et qui ne sont pas tous des élus et des politiciens patentés !

Il faut d’abord dire que la fracture entre la population et les dirigeants politiques n’est pas seulement une affaire parisienne et nationale. Les maux de la démocratie affectent aussi la vie locale, dans les villes, mais aussi dans les campagnes et les territoires semi-ruraux. Ces maux ont en effet un nom : clientélisme. Le clientélisme, c’est-à-dire le fait de se constituer un réseau d’obligés en utilisant l’argent public (« je te finance ta salle de sport, ou ta zone d’activité, et tu mobilises tes troupes pour moi à la prochaine élection ») est un mal ravageur, qui se nourrit d’abord du cumul des mandats dans le temps (trois, voire quatre mandats de suite de maire, de président ou vic-président de Conseil Général), et dans l’espace (« je suis maire du village, puis conseiller général, et pourquoi pas sénateur, voire ministre »). Les mandats électifs sont ainsi accaparés par une petite « élite » locale qui en verrouille soigneusement l’accès aux nouveaux venus.  Ensuite, il y a le saucissonnage territorial et l’empilement des instances élues : de la commune au Conseil Régional, une pyramide de collectivités territoriales aux compétences qui se chevauchent, dépendent les unes des autres, voire se contrarient. Cela engendre tout un jeu de négociations opaques pour le citoyen de base, avec échanges de bon procédé et renvois d’ascenseur, qui passe largement au-dessus de la tête du citoyen de base. Il finit par renoncer à comprendre et se détourner des affaires publiques locales.

Dans ce système, l’échelon le plus opaque, voire le plus occulte est celui des intercommunalités. Les communautés de commune ne sont en effet pas des collectivités locales au sens propre, mais des établissements publics constitués de délégués, élus par les conseils municipaux du périmètre intercommunal. Un peu comme le Sénat, sauf que les communautés de communes remplissent de plus en plus de fonctions autrefois dévolues aux communes, surtout en milieu rural où les communes sont trop petites et trop pauvres pour mettre en œuvre les services collectifs. Les décisions qui président à l’habitat, à l’urbanisation, au développement économique, à la préservation de l’environnement, à l’entretien des rivières qui ont un impact direct sur nos vies quotidiennes sont prises par des gens qui n’ont pas été élus par leurs administrés et qui ne rendent pas compte de leurs actes devant eux. Tout ceci nourrit ce clientélisme qui, si on n’y prend pas garde, finira par nous rapprocher de la situation grecque où l’essentiel de l’activité politique a été orienté vers le service aux amis, créant l’effondrement économique, budgétaire et politique que l’on sait aujourd’hui. Car il faut ajouter que ce système est désastreux pour les finances publiques et hérisse le paysage de quantités d’équipements inutiles (voyez par exemple, les zones d’activités dans chaque commune ou presque, pour certaines quasi vides : si on faisait le compte des emplois réellement créés, on aurait de douloureuses surprises !).

Les solutions existent et sont assez bien identifiées, mais les partis de gouvernement ne sont pas très pressés – et pour cause ! – de les mettre en œuvre. Y compris le parti socialiste, qui reste très discret sur la réforme territoriale et des institutions politiques.

Les propositions d’Europe Ecologie les Verts  sont simples et faciles à mettre en œuvre pour peu que le nouveau gouvernement ait une réelle volonté publique :

– Premièrement, une interdiction totale du cumul des mandats  avec un statut de l’élu, qui permettra à des nouveaux venus de prendre des responsabilités électives en étant assuré de retrouver son emploi ensuite.

– Ensuite, une vraie réforme territoriale, simplificatrice reposant sur 3 étages : les communes, les communautés de commune et les Régions. Toutes ces assemblées étant élues au suffrage universel direct, sur la base de scrutin de liste et de la proportionnelle. Exit le département,  bienvenue à la nouvelle collectivité intercommunale responsable devant ses citoyens (qui récupérerait une bonne partie des compétences sociale et en matière de déplacement du Conseil Général) !

– Puis, très important, le renforcement du pouvoir des citoyens et de leurs initiatives. EELV propose un « droit d’initiative populaire » qui permettra à une fraction déterminée de citoyens de faire inscrire une question à l’ordre du jour d’une assemblée, depuis le niveau local jusqu’au national. Un droit de pétition rénové et efficace, en somme. Les instances de représentations de la société civile (associations, fédérations syndicales, forces économiques) que sont les Conseils locaux de développement verront leur position confortée. (Aujourd’hui, personne ne les connaît, alors qu’ils remplissent bien souvent un rôle précieux et irremplaçable de forces de proposition face aux routines des pouvoirs en place, de regard extérieur sur l’action de ces derniers.

– Enfin, le droit des vote des étrangers aux élections locales. Ce qui non seulement serait une mesure de justice, vis-à-vis de ceux qui sont nos voisins de longue date, dans les bourgs et les villages, qui ont travaillé, cotisé, payé leurs impôts et dont les enfants ont partagé les mêmes bancs d’école que les petits français de souche. Mais qui serait en plus une des meilleures voies d’intégration à la communauté nationale, une des meilleures prévention de la sécession communautariste.

De telles réformes ne conduiraient pas encore àla VI ième République que nous appelons de nos vœux, mais seraient un puissant facteur de rajeunissement  de la vie politique locale, propre à l’ouvrir sur des projets d’avenir, pensées et menées avec l’adhésion du plus grand nombre.

Geneviève Decrop, le 14 mai 2012

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Geneviève Decrop | L’écologie, une politique de… par EuropeEcologie

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